L’agroforesterie et la culture du café

 

Vous le savez sûrement, le café est l’un des produits les plus échangés au monde. Les intérêts des acteurs de ce marché sont énormes et avec un prix coté en bourse et une demande mondiale considérable, les caféiculteurs sont malheureusement souvent tentés et incités à appliquer des modèles de productions les plus productifs.
Pourtant, entre dépendance aux fertilisants, érosion des sols, destruction des écosystèmes, changement climatique… la caféiculture conventionnelle n’est pas vraiment tournée vers l’avenir. Chez Nativos, nous avons donc choisi un modèle de culture agroécologique basé sur la polyculture, et plus précisément l’agroforesterie pour cultiver un café de haute qualité valorisant le terroir de chaque parcelle tout en protégeant son écosystème.

 

Une démarche qualitative, sociale et environnementale

Concrètement, la culture agroforestière consiste à recréer un écosystème fonctionnant de manière la plus autonome possible où chaque espèce botanique est cultivée de manière réfléchie et joue un rôle spécifique dans l’équilibre de la plantation. On appelle cela une « association botanique ». Le but de cette démarche est d’augmenter considérablement la « biomasse » de la parcelle, c’est-à-dire la quantité de matières organiques et d’organismes vivants.
Cette « association botanique » se fait de manière rigoureuse en prenant en compte le type de sol de la parcelle, sa faune et sa flore, mais aussi le type d’ombrage de certains arbres, l’apport en azote ou le type de système racinaire de certaines plantes. Le but de cette association est d’optimiser les productions de la parcelle tout en évitant toute concurrence entre les variétés botaniques.

La culture du café de spécialité en agroforesterie

 

Une ferme 100% autonome

Intégrer une démarche de culture agroforestière pour une ferme n’est pas chose facile et est souvent à contre-courant des discours et des stratégies du secteur. Elle demande une période de transition de plusieurs années, souvent de 3 à 4 ans, afin de recréer une biomasse suffisante à la vie et à l’équilibre de l’écosystème de la ferme. Cette transition permet de réduire peu à peu la quantité d’intrants, c’est-à-dire d’engrais synthétiques, de pesticides et autres produits chimiques, sans pour autant impacter les rendements.
Au bout de cette période de transition, la ferme peut commencer à fonctionner de manière réellement autonome et voir la qualité de ses productions augmenter, ses rendements stabilisés et ses dépenses d’intrants supprimées. Cette autonomie passe également par une diversification économique de la ferme. Il est commun de varier les productions de la ferme et cultiver une large variété de fruits, de légumes et d’épices pour s’assurer d’une plus grande autonomie/souveraineté alimentaire.

Plus l’écosystème sera équilibré, plus il sera durable et résistant aux changements climatiques, aux sècheresses, à l’érosion des sols…

Pour aller plus loin, notre partenaire local Serraniagua a mis en place une école d’agroecologie permettant l’accompagnement et le développement de nouvelles techniques d’agricultures avec les agriculteurs. Par exemple, l’organisation promeut l’installation dans les fermes de « bio-digesteurs ». Fonctionnant un peu comme l’estomac de la ferme, un bio-digesteur reçoit l’ensemble des déchets organiques de la ferme (poulailler, résidus de café, déchets alimentaires etc.) pour en créer du biogaz. Ce biogaz sera stocké puis utilisé pour la vie quotidienne de la ferme. (voir article bio-digesteur)

Le rôle des arbres

Element clé dans une plantation agroforestière, l’arbre est considéré comme un “amortisseur climatique”. Il joue un rôle essentiel dans la régulation des micro-climats et dans la protection du stress hydrique des plantes. Il est en quelque sorte le “toit végétal” de la plantation et sera sélectionné selon sa taille, son système racinaire et la densité de son ombrage. Les principaux arbres d’ombrage adaptés à la culture du café sont les guamos (mimosas), les goyaviers, les bananiers, les avocatiers. On considére aujourd’hui que l’ombrage et les arbres dans un champ de café sont les éléments indispensables pour apporter de la résilience face au changement climatique.

Biodiversité colombie café. Puma papillon bleu d'Amazonie, fleures, ours...

 

Une parcelle, un microclimat, un terroir…

Outre ces retombées économiques, la culture agroforestière se veut qualitative puisqu’elle permet la valorisation de chaque terroir. Au même titre que la plupart des vignobles, chaque parcelle de caféiers possède son propre “terroir” qui varie selon son microclimat, son exposition, son altitude (voir ci-bas) etc. Nativos et Serraniagua cherchent à valoriser ces terroirs, ces « grands crus », en encourageant la culture du café dit de « micro-lot » (voir article sur le café de Micro-lot).

Café de spécialité de micro-lot en agroforesterie. Cerises de café

 

Un écosystème équilibré….

Recréer un équilibre parfait d’un écosystème est extrêmement complexe. Cet équilibre est garanti par une chaine alimentaire complète. Les maillons de cette chaine vont des micro-organismes présents dans la terre jusqu’à certaines espèces dominant cette chaine, comme plusieurs grands prédateurs (puma, ours à lunette) souvent en voie d’extinction. C’est pourquoi l’une des tâches majeures de notre partenaire local, Serraniagua est de sensibiliser les caféiculteurs à l’intérêt de ces espèces endémiques, souvent considérées comme nuisibles à la vie de la ferme.

Réinsertion puma plantations de café

…pour réinsérer des espèces endémiques!

L’intérêt de cette sensibilisation est d’inverser ce rapport de force entre producteurs et faune sauvage et de recréer pour ces espèces des espaces de vie où l’équilibre de l’écosystème permettra de nourrir tous les maillons de la chaine. Sachant que plus ces espaces de vie seront grands, moins ces espèces iront chercher loin, hors des forêts, leur nourriture.

La re-connexion des parcelles est donc un élément fondamental. Serraniagua se donne ainsi pour objectif de recréer tout un couloir naturel traversant la région en connectant chaque parcelle offrant ainsi un habitat suffisamment grand pour l’ensemble des espèces de ces écosystèmes. L’installation de caméras pièges dans les parcelles a déjà montré les premiers résultats, plusieurs espèces en voie de disparition ont réintégré certains micro-lots !

Caméra piège café puma

 

Pourquoi l’altitude est un élément fondamental dans la culture du café ?

Plus l’altitude de la parcelle est élevée, moins il y a d’oxygène. Et moins il y a d’oxygène, plus les cerises de café mettent de temps pour mûrir et de ce fait développent de saveurs et d’arômes beaucoup plus complexes et fascinants. La qualité de l’eau et de l’air, souvent bien meilleurs en altitude, sont aussi des éléments indispensables à la culture d’un café de haute qualité. Les cafés sélectionnés par Serraniagua et Nativos sont donc tous des cafés issus de “forêts de nuages”, c’est-à-dire de forêts d’altitudes, situées entre 1500 et 2000 mètres d’altitude, qui se retrouvent quotidiennement immergées dans une épaisse brume et qui profitent d’un microclimat tropical d’altitude exceptionnel.

Café de spécialité d'altitude Colombie Agroforesterie

 

En quelques mots…

En quelques mots? La culture de café de spécialité en agroforestierie est pour nous l’une des cultures les plus responsables, durables et qualitatives qu’il soit. Les bénéfices sont multiples. Même si la transition d’un modèle de production classique vers un modèle agroforestier est relativement complexe et longue, ce modèle agro-écologique bénéficie autant au caféiculteur qu’à son environnement, à la qualité de son terroir qu’à son café.

En quelques mots, si nous devions résumer les principaux bénéfices de la culture du café en agroforesterie, voila ce que nous pourrions dire :

→ Stabilisation, valorisation et multiplication des productions de la parcelle

→ Conservation des écosystèmes à travers l’enrichissement des sols et de la biomasse

→ Lutte contre l’érosion et le changement climatique grâce à une association botanique réfléchie

L’équipe Nativos